Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 11:46

A Sète, le musée Paul Valéry ouvre ses portes à Agnès Varda. L'artiste propose ici quelques installations déjà présentées ailleurs : les suites de Patatutopia, son projet "pomme de terre" initié en 2003 à la biennale de Venise ; le magnifique mur de vidéos où sont projetés, simultanément, les témoignages des veuves de Noirmoutier, les jeux de plage en plastique multicolore déjà exposés à la fondation Cartier, nimbés dans la musique enfantine de Bernard Lubat. Et puis d'autres oeuvres plus rares, touchantes, dans l'esprit du film Les plages d'Agnès : Ulysse est un court-métrage réalisé en 1982 à partir d'une photo prise vingt-huit ans plus tôt sur une plage de Normandie (un enfant et un hommes nus, une chèvre morte) ; Varda retrouve les protagonistes, les interroge ; les époques se mêlent ; c'est original et profond. Sur le même principe, la Terrasse de le Corbusier est un film conçu à partir d'une photo, prise celle-là dans la cité radieuse de l'architecte, à Marseille.


Varda est agaçante et sincère, juste et joueuse, entre rires et larmes. Après la visite, nous faisons quelques pas dans le cimetière marin où repose Jean Vilar, que Varda estimait tant, auprès de qui elle a travaillé. La lumière glacée et intense de la Méditerranée nimbe le cimetière. Si vous n'avez pas le temps, pas l'occasion de vous rendre à Sète, pourquoi ne pas revoir Cléo de 5 à 7 ou Le Bonheur ?

Par Mesengouements
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 14:52

Si le musée du Louvre était la France, je dirais que j'en connais les autoroutes,  grossièrement quelques régions et, intimement, seulement quelques villages. Parfois, je m'y enfonce sans but, au hasard et j'y découvre alors, sans cesse, des salles et des oeuvres inconnues.


L'autre jour, au deuxième étage du pavillon Sully, j'ai fait la connaissance d'une vingtaine de tableaux : la donation Hélène et Victor Lyon, très généreux bienfaiteurs du musée. Des oeuvres de Canaletto, de Greuze (un portrait de jeune femme très réussi) de Jongkind (une très belle vue de Paris, le petit pont au premier plan et Notre-Dame derrière) de Corot, de Pissaro, de Renoir. Et surtout, trois magnifiques tableaux de Monet qu'on imaginerait volontiers de l'autre côté de la Seine, au musée d'Orsay. Ici, point de nymphéas, mais du blanc, celui d'un hiver rigoureux : il y a d'abord les beaux Glaçons sur la Seine à Bougival, comme tirés d'un paysage nordique, quelques arbres noirs et faméliques noyés dans le gris d'un environnement désespérant. J'observe ensuite le plus classique Environs de Honfleur. Neige, où la Normandie a des allures de montagne. Et enfin, La débâcle près de Vetheuil, où quelques couleurs plus vives, presque impercebtibles, laissent deviner qu'un jour, le printemps reviendra.

 

Par la fenêtre, je regarde la cour Napoléon. Des touristes avancent, emmitouflés. Les bassins autour de la pyramide de Peï ont gelé. Derrière, les pelouses des Tuileries sont encore recouvertes de blanc. Qu'aurait vu Monet, à cette fenêtre ? Qu'aurait-il peint ?

 

Par Mesengouements
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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 18:51

Le nouveau long-métrage de Cédric Kahn va sortir dans quelques jours. Une vie meilleure, c'est l'aspiration de Yann (Guillaume Canet) et Nadia (Leïla Bekhti) qui s'aiment et tentent d'ouvrir un restaurant en pleine forêt, près de Paris. C'est l'histoire de leur combat et de leur désenchantement.

 

Comment vivre mieux ? Au début du film, Yann résume l'absurdité du "marché de l'emploi", son exigence contradictoire  : "Si t'as pas l'expérience, t'as pas le boulot. Et si t'as pas le boulot, t'as pas l'expérience". Yann et Nadia s'accrochent, s'acharnent, se déchirent. Chaque centime compte. La caméra s'attarde sur les pièces et les billets, un à un recomptés.

 

Le film fait écho, bien sûr, à ceux de Ken Loach et des frères Dardenne. Il n'en a pas la force ni toute l'exigence mais il est réussi, intéressant, touchant. Guillaume Canet et Leïla Bekhti donnent à leurs personnages des visages et des corps émouvants : ils ramassent en eux toute l'énergie, l'ambition, l'aspiration à la vie meilleure et tous les mauvais coups que la vie leur distribue allègrement. Jamais caricaturaux, ils sont deux figures d'aujourd'hui. Visages croisés dans le métro, combattants d'un quotidien trop rude.

 

Au coeur du film, il y a aussi le long et beau face-à-face entre Yann et Slimane, le fils de Nadia. Le jeune Slimane Khettabi lui prête ses traits avec une force rare.

 

 


 

 


Après Toutes nos envies, le film de Philippe Lioret sur le surendettement, Une vie meilleure va-t-il trouver son public ? Pas sûr, tant le film propose aux spectateurs un miroir angoissant. Le nouveau long-métrage de Cédric Kahn n'est pas réconfortant. Mais que le cinéma français, et des acteurs aussi populaires que Guillaume Canet et Leïla Bekhti racontent avec intelligence ces histoires d'aujourd'hui, ça, c'est réconfortant. 

 


Par Mesengouements
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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 21:19

Le nouveau film de Nanni Moretti est jubilatoire.

Vous connaissez le point de départ : à Rome, lors d'un conclave, un cardinal - Michel Piccoli - est élu pape. Du bout des lèvres, il accepte la charge, mais se dérobe aussitôt.

 

 

 

 

 

Moretti a réussi un long-métrage drôle et profond. Jerzy Stuhr, déjà vu dans Le Caïman, incarne ici le porte-parole du Vatican. Il est remarquable, tout en onctuosité, en malice et en dissimulation. Moretti lui-même, dans le rôle d'un psychanalyste, exprime un cynisme et une rage souvent désopilants. Dans le rôle de son ex-femme, elle aussi psychanalyste, Margherita Buy est, comme toujours, belle, émouvante. Il faut surtout voir Piccoli, vieux monsieur errant dans Rome, à la recherche de lui-même. D'un geste hésitant, d'un sourcil qui se lève, d'un regard qui se perd, il dit tout.

 

Habemus Papam est un film sur le pouvoir, sur le théâtre, sur l'enfance de chacun, sur notre refus, parfois, d'endosser le costume qu'on nous a découpé. Contre toute attente - vu le sujet - c'est un film délicieusement... léger.

 


Par Mesengouements
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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 18:57

Plusieurs fois, ces derniers mois, le nom d'Ellory était revenu dans la conversation. Poussé par la curiosité, j'ai donc fini par ouvrir Seul le silence. Je l'ai dévoré. 


Le récit débute en 1939, dans un village de l'Etat de Georgie. Joseph, le narrateur, a douze ans. Il vient de perdre son père. Une petite fille est retrouvée assassinée et mutilée. Puis une deuxième, une troisième et d'autres encore. Les meurtres s'enchaînent, implacables et jamais résolus. Ces drames deviennent l'obsession du narrateur. Ils ne le quittent pas, même lorsqu'il devient adulte.


Seul le silence est un roman très noir. Le récit d'Ellory vous prend, vous enveloppe, ne vous lâche pas. L'Américain recrée une ambiance poisseuse, délétère. Mais il ne s'y complet pas : Joseph découvre simultanément l'écriture - il veut devenir écrivain - le malheur, et l'amour. Ellory excelle à traduire les sensations, et à travers elles, les sentiments. Il sait exprimer l'horreur mais aussi le désir, comme dans cette scène :

 

"Je levai la main, et lui touchai le bras, l'épaule, la nuque.
Ses mains trouvèrent ma taille, les boutons de mon pantalon.

"Enlève ça", lâcha-t-elle.

Je me débattis avec mes vêtements.

La brise souleva le rideau de la fenêtre derrière moi, elle souleva les poils sur ma peau, me fit frissonner un moment.

Alex fit un pas en arrière, puis un autre et s'assit au bord du lit (...)

"Tu sais comment on fait, n'est-ce pas ?"

Je fis signe que oui.

Elle s'avança un peu, ôta son jupon, puis elle s'étendit sur le matelas et étendit la main.

"Viens, alors, dit-elle, avant que l'attente ne me tue."

Nous trouvâmes un rythme, maladroitement au début, mais nous le trouvâmes. Nous le suivîmes : il nous mena en un endroit où nous n'avions jamais prévu d'aller. Le genre d'endroit dont on ne veut jamais revenir.

Je me souviens avoir ri à certains moments, même si je ne sais plus pourquoi."

 

R.J. Ellory, Seul le silence, Le livre de poche.

Par Mesengouements
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