Instants suspendus à la radio, l'oreille collée au poste... Pendant que la télé déverse quelques débilités, sur France Inter Zoé
Varier nous raconte une histoire vertigineuse. Celle du musicien Jérôme Mege et de son maître, le grand violoniste François Capoulade. L'histoire d'une
enfance musicale hors du monde. Le récit d'une transmission et d'une passion jusqu'à l'effacement de soi.
Dans Nous autres, Zoé Varier écoute, relance, s'arrête. Son empathie est fabuleuse. Minute après minute, le violon accompagne les confidences de Jérôme Mege. Belle radio !
Ecoutez, ici, les deux volets de cette émission.
par Mesengouements
publié dans :
mes engouements
0
recommander
J'ai rangé ma bibliothèque. Ou plutôt, je l'ai redérangée. Comme à chaque fois, cette manipulation a fait apparaître quelques ouvrages négligés. Parmi eux, le
Petit fictionnaire illustré publié par Alain Finkielkraut il y a près de trente ans.
Aujourd'hui, le philosophe jubile peu. Il se promène de plateau en plateau, gonflé de sa gravité sentencieuse. Il professe, il admoneste. Au mieux, il ricane.
Aurait-il oublié à quel point il pouvait être drôle ? Son Fictionnaire se présente comme un dictionnaire ; toutes les entrées y sont des mots-valises.
Accalomnie : brève pause dans la méchanceté
Epousetoufler : étonner sa femme par un regain inattendu d'appétit sexuel
Toutriste : voyageur parti à l'aventure et auquel il n'est absolument rien arrivé
Frotocole : rituel habituel des premiers attouchements
Pédarogue : professeur aigri par l'indifférence de ses classes
Wagabon : voiture récalcitrante , qui se détache du train et décide de vivre hors des rails
Quotirien : néant qui revient tous les jours
Sexcuse : motif que l'on invoque pour se dérober à une invitation érotique trop pressante
Fossoigneur : chirurgien malhabile
Armoure : ensemble des défenses qui protègent l'individu contre la douleur d'aimer
Alain Finkielkraut, Petit fictionnaire illustré, Points Seuil.
par Mesengouements
1
recommander
Enfin le mois de juin ! Finis, peut-être, les quarante ans de Mai 68, partout, à la une des journaux, sur les plateaux de télévision. Les zélateurs du
joli mois de mai. Et ses contempteurs, jusqu'au président de la République soucieux de liquider l'héritage de 68. Mais finalement, quoi de neuf ?
Le texte le plus intelligent, le plus éclairant, je l'ai trouvé... dans de vieilles pages. Il y a quarante ans exactement, le philosophe Claude Lefort publiait, à
chaud, son analyse des événements de mai. Son texte s'intitule Le désordre nouveau. Il vient de reparaître avec les deux articles qui l'accompagnaient, celui d'Edgar
Morin et celui de Cornelius Castoriadis.
Cette analyse, je pourrais la citer du début à la fin, tant elle est lumineuse. Lefort cherche - et trouve - ce qu'il y a de radicalement neuf dans le mouvement de mai : le refus d'obtempérer à
toute autorité. Les enragés "sont en rupture de ban. Dans une société saturée de discours et d'organisations, où la parole et l'action sont assignées à résidence, où il faut
avoir sa place, décliner son identité pour avoir le droit d'agir ou de parler, ils créent un nouvel espace. Mieux vaudrait dire qu'ils creusent un non lieu. Là, le possible renaît, un possible
indéterminé, un possible qui va se relancer et se modifier d'événement en événement, et qui entraîne un nombre de plus en plus important d'étudiants, fait basculer dans sa course les militants
politiques eux-mêmes".
Je ne veux pas vous assommer de citations, mais lisez, lisez vraiment ce texte. Pour comprendre aussi ce qu'a été aussi cette formidable grève générale, totalement inattendue. Soudain, une
"ouverture". "En un instant, se dissipe la croyance quotidienne en l'inéluctabilité des règles qui soutiennent l'organisation de la société et des conditions qu'elles aménagent.
En un instant, l'on découvre que la prétendue nécessité de la soumission est fondée sur un rapport de force et que ce rapport peut être renversé".
Edgar Morin, Claude Lefort, Cornelius Castoriadis, Mai 68, La Brèche, suivie de Vingt ans après. Fayard, 2008.
par Mesengouements
0
recommander