Vendredi 21 août 2009
De Murakami, j'avais lu, déjà, Kafka sur le rivage. Depuis quelques jours, les
Chroniques de l'oiseau à ressort font mes délices. Les rêves, le mystère, l'ironie, encore et quelques passages sacrément enlevés. Ici, la description de Noboru Wataya, personnage en vogue
de la télévision puis de la politique japonaises. La traduction me semble imparfaite, un peu lourde, mais l'essentiel doit y être :
" Il avait de l'esprit et du talent, c'était indubitable, je ne pouvais que le reconnaître. En peu de temps, avec des phrases brèves, il mettait son adversaire KO avec une grande efficacité. Il avait aussi une intuition quasi animale pour sentir la direction du vent, mais, en lisant attentivement ce qu'il avait écrit ou en l'écoutant professer ses opinions, il était aisé de se rendre compte que tout cela manquait de consistance. Il ne possédait aucune vision globale de la vie, et manquait de convictions profondes.
Son monde était composé d'un ensemble d'éléments disparates empruntés à des systèmes de pensées superficiels, qu'il changeait et combinait à sa guise selon les besoins du moment. Sa façon de jongler avec différentes idées était si subtile qu'on pouvait presque la qualifier d'artistique. Mais, selon moi, tout ça n'était qu'une simple mascarade. La seule consistance dans ses opinions résidait dans le fait que, justement, elles n'en avaient aucune et, s'il avait eu la moindre vision du monde personnelle, elle aurait justement pu se définir par l'absence totale d'éléments constitutifs d'une vision du monde véritable. Il avait cependant fait de ces défauts sa richesse intellectuelle. La stratégie d'intelligence mobile des médias qui divisaient le temps en tranches brèves ne nécessitait aucune philosophie consistante et solide et le grand mérite de Noboru Wataya était de ne pas s'être encombré de ce genre de fardeau."
Haruki Murakami, Chroniques de l'oiseau à ressort, Points Seuil
" Il avait de l'esprit et du talent, c'était indubitable, je ne pouvais que le reconnaître. En peu de temps, avec des phrases brèves, il mettait son adversaire KO avec une grande efficacité. Il avait aussi une intuition quasi animale pour sentir la direction du vent, mais, en lisant attentivement ce qu'il avait écrit ou en l'écoutant professer ses opinions, il était aisé de se rendre compte que tout cela manquait de consistance. Il ne possédait aucune vision globale de la vie, et manquait de convictions profondes.
Son monde était composé d'un ensemble d'éléments disparates empruntés à des systèmes de pensées superficiels, qu'il changeait et combinait à sa guise selon les besoins du moment. Sa façon de jongler avec différentes idées était si subtile qu'on pouvait presque la qualifier d'artistique. Mais, selon moi, tout ça n'était qu'une simple mascarade. La seule consistance dans ses opinions résidait dans le fait que, justement, elles n'en avaient aucune et, s'il avait eu la moindre vision du monde personnelle, elle aurait justement pu se définir par l'absence totale d'éléments constitutifs d'une vision du monde véritable. Il avait cependant fait de ces défauts sa richesse intellectuelle. La stratégie d'intelligence mobile des médias qui divisaient le temps en tranches brèves ne nécessitait aucune philosophie consistante et solide et le grand mérite de Noboru Wataya était de ne pas s'être encombré de ce genre de fardeau."
Haruki Murakami, Chroniques de l'oiseau à ressort, Points Seuil