Je m'absente de l'écran. Je quitte ce blog quelques semaines. Je laisse la porte ouverte. Lisez, relisez, critiquez : c'est fait pour.
Je vous ai préparé une sélection de chansons. Portez vous bien.
« Le système nous veut triste et
il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister »
Gilles Deleuze
Je m'absente de l'écran. Je quitte ce blog quelques semaines. Je laisse la porte ouverte. Lisez, relisez, critiquez : c'est fait pour.
Je vous ai préparé une sélection de chansons. Portez vous bien.
E. m'avait prévenu. Nous étions à table. Je lui parlais du Nouvel amour, de Philippe
Forest, que j'étais en train de relire. Elle sortit de son sac Le Talon de fer, de Jack London. "Tu verras, me dit elle.
Lire ce roman, aujourd'hui, en 2008, c'est saisissant".
London. Croc-Blanc, tout un tas de romans d'aventures. Egalement Martin Eden, évidemment. Et puis ce Talon de Fer, écrit il y a un siècle tout juste. Roman
sociologique, politique, récit d'anticipation révolutionnaire salué, quelques années plus tard par un Leon Trotski enthousiaste : "La forme du roman ne fait que servir de cadre,
écrivit-il, à l'analyse et à la prévision sociales". C'est réducteur.
La trame, en quelques mots : Avis Cunningham est une jeune femme de la bourgeoisie américaine. Elle tombe amoureuse d'Ernest Everhard, héros de la gauche révolutionnaire. Ensemble, ils vont
combattre l'oligarchie, désignée comme le Talon de fer. Ce pouvoir sans pitié écrase le peuple et se mue en régime fasciste. Ses ennemis, clandestins, déterminés, n'ont de cesse de le
renverser.
La première partie est une plongée dans la société que connaît London. La brutalité des rapports de classe, l'exploitation du prolétariat en ce début de XXème siècle, jusqu'aux accidents du
travail provoqués par l'usure, la fatigue. Rien que pour cela, Le Talon de fer est saisissant, pertinent. Il l'est aussi dans sa deuxième partie, longue et tumultueuse anticipation
politique. Pages douloureuses : le nazisme est passé par là. L'URSS également. L'utopie révolutionnaire a du plomb dans l'aile.
Dans sa préface au Talon de fer, Raymond Jean décrit, avant tout, un roman d'amour et d'aventures. Là encore, c'est vrai, mais c'est réducteur. Car le récit de Jack London garde sa
portée politique. Malgré ses maladresses. Malgré les désaveux de l'histoire. Roman du chaos, Le Talon de fer est un roman d'aujourd'hui.
Des musiques pour l'été ? Emportez dans vos bagages ces quelques chansons que vous avez découvertes ou redécouvertes ici, depuis quelques mois : celles de Presque Oui, de Nicolas Jules, de Thomas Pitiot, de Monique Morelli, de Berry, de Chris Conty...
Puisque certains (pas tous, je sais...) vont être en vacances, puisque nous entrons pas à pas dans le coeur de l'été, voici, en chanson, un excellent
programme de paresse. Aujourd'hui, fête nationale, j'aurais pu choisir Brassens ("Le jour du 14 juillet / Je reste dans mon lit douillet") mais j'ai opté pour
Benabar.