Sans barguigner : Michel Bouquet est un des plus grands comédiens de notre temps. Son phrasé nous est connu par coeur, comme sa manière de ralentir un geste et de retenir un mot. Depuis longtemps, depuis des décennies, il aurait pu devenir la caricature de lui-même. Les spectateurs iraient le voir, sur scène ou au cinéma, comme on va voir ceux qu'on qualifie si vite de "monstres sacrés", pantins gesticulants et vains. L'acteur, alors, vocifère ou minaude, selon son style. La "prestation" est connue et le brave spectateur a le sentiment d'en avoir pour son argent. Michel Bouquet, c'est tout le contraire. Le 10 janvier, à Paris, au Théâtre de la porte Saint-Martin, il va reprendre L'Avare, de Molière. Et il sera, à n'en pas douter, extraordinaire. Car, à 80 ans, Michel Bouquet joue. A chaque représentation, il recommence, il cherche, il refait le chemin du personnage, il l'habite peu à peu et se laisse dépasser par lui. Il nous sidère, surprend ses partenaires, se déroute lui-même peut-être. Comme le dit son metteur en scène Georges Werler, Bouquet "ne prémédite jamais son jeu". Ne manquez pas L'Avare !
En attendant, si vous voulez réentendre la belle voix de Michel Bouquet, rendez-vous sur France Culture, qui rediffusait un entretien ce lundi 1er janvier :
Et si vous êtes en appétit de théâtre, de passage à Paris, allez donc faire un tour aussi au théâtre du Lucernaire : un jeune metteur en scène, Arnaud Denis, a monté avec talent Les Fourberies de Scapin. Jean-Pierre Leroux y campe un Géronte subtil, et émouvant là où on ne l'attend pas.