Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 18:22

Il y a de très jolies pages dans le nouveau roman de Valérie Zenatti. La traductrice du grand Aharon Appelfeld a une écriture précise, délicate. L'histoire des Ames soeurs est simple : une Parisienne, Emmanuelle, lasse du quotidien, décide un matin de ne pas aller travailler, de prendre sa journée, pour être avec elle-même, dans les rues de la capitale et face au roman qu'elle dévore, l'histoire d'une photographe qui vient de perdre son amant.


Valérie Zenatti excelle à décrire des instants, des choses vues, des scènes de rue ou de café :

 

"J'ai eu faim. Je suis allée dans une brasserie ouverte toute la nuit. Un couple s'est assis près de moi. Vingt ans chacun, tout au plus. Des visages d'un autre temps, je dirais des années 50. Etonnés par tout ce qui les entourait, délicats sans être beaux, la peau très claire. Lui portait une chemise et un pull sans manches à losanges, elle était vêtue d'une jupe à pois et d'un corsage informe qui auraient pu la vieillir affreusement. Mais leur ravissement d'être ensemble et d'être là rayonnait tant qu'on ne pouvait que les aimer et les trouver parfaits. Ils avaient une attention extraordinaire l'un pour l'autre, une forme de respect surrané. Ils posaient des questions sur les plats, les vins, écoutaient les réponses en penchant la tête pour bien saisir le sens de chaque mot, de chaque conseil, et ils ont hésité longtemps avant de choisir. Entrée, plat, dessert, ils voulaient tout. Ils fêtaient quelque chose. Leur amour, leurs fiancailles secrètes, le succès à un concours. Leur virginité, qu'ils allaient bientôt abandonner. J'étais attendrie. J'étais vieille à côté d'eux et cela ne me dérangeait pas, au contraire. J'ai ressenti une grande satisfaction à être moi, face à eux. Si j'avais eu leur âge, je n'aurais pas été touchée par leur jeunesse. Si j'avais été amoureuse, je n'aurais pas vu leur amour".

 

Valérie Zenatti, Les âmes soeurs, Editions de l'Olivier

Par Mesengouements
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Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 17:36

Dans Le Monde, daté de mardi, je viens de lire ce remarquable article du docteur Noëlle Lasne. Ce médecin du travail décrit par le menu, avec force détails, une journée de madame Flora, jadis ouvrière en usine, aujourd'hui femme de ménage dans un collège. Point besoin de grand discours ni d'expertise savante : en quelques lignes, chacun comprend pourquoi et comment le corps de madame Flora est usé jusqu'à l'os. La pénibilité n'est pas une statistique, encore moins un taux d'invalidité. Elle est cette série de gestes et d'objets : le chariot, le balai à franges, les chaises qu'il faut soulever, les piles d'assiettes, les paniers à vaisselle. La pénibilité, c'est aussi ce bilan médical, après vingt ans de ménage : une épaule opérée deux fois, un coude troué, un pouce déformé.


Le volet "pénibilité" de la réforme des retraites, pour le docteur Lasne ? Dérisoire : "Une sorte de prime à la casse, mais sans la bagnole. Votre carcasse est trop usagée, vous pouvez dégager. En revanche, on ne pourra pas vous proposer de carcasse neuve".

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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 11:07

J'aime la voix de Jean-Louis Trintignant disant ou lisant des poèmes. Depuis de nombreuses années, le comédien y consacre une partie de son temps, le plus volontiers avec des musiciens, tel son ami l'accordéoniste Daniel Mille. Quand Trintignant nous livre ces poèmes, dans un disque ou sur scène, il y met très peu d'effet, à l'inverse de Luchini par exemple. Il passe, dans un même souffle, de la drôlerie au désarroi. Il parle au milieu d'un très grand silence. Je me souviens l'avoir entendu à Troyes, avec Daniel Mille, disant les poèmes d'Apollinaire, puis à Paris, à l'Européen, toujours avec l'accordéoniste. C'était il y a quelques mois : à la fin du concert de Mille, Trintignant était venu s'asseoir au bord de la scène, face à nous, et nous avait dit (dit, et sûrement pas récité) ce texte de Boris Vian que j'aime tant :

 

 

Grâce à Vincent Josse, sur France Inter, et à son atelier que je vous conseille d'écouter ici, j'apprends que Trintignant et Mille, accompagné du violoncelliste Grégoire Korniluk, commencent une tournée consacrée à Vian, justement, mais aussi à Desnos et Prévert. Je guette leur passage à Paris.

 

 


Par Mesengouements
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 17:43

Sur Claude Lefort, encore, cette analyse de Michaël Foessel, dans Le Monde, que j'ai trouvée très intéressante, notamment quand il évoque "le propre d'une société pluraliste : ne reconnaître aucune source de légitimité absolue".

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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 20:42

Pensant, ému, au philosophe Claude Lefort qui vient de mourir.

Il y a deux ans, je vous avais parlé de son petit livre lumineux consacré à mai 68.

 

 

Par Mesengouements
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