Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 18:57

Plusieurs fois, ces derniers mois, le nom d'Ellory était revenu dans la conversation. Poussé par la curiosité, j'ai donc fini par ouvrir Seul le silence. Je l'ai dévoré. 


Le récit débute en 1939, dans un village de l'Etat de Georgie. Joseph, le narrateur, a douze ans. Il vient de perdre son père. Une petite fille est retrouvée assassinée et mutilée. Puis une deuxième, une troisième et d'autres encore. Les meurtres s'enchaînent, implacables et jamais résolus. Ces drames deviennent l'obsession du narrateur. Ils ne le quittent pas, même lorsqu'il devient adulte.


Seul le silence est un roman très noir. Le récit d'Ellory vous prend, vous enveloppe, ne vous lâche pas. L'Américain recrée une ambiance poisseuse, délétère. Mais il ne s'y complet pas : Joseph découvre simultanément l'écriture - il veut devenir écrivain - le malheur, et l'amour. Ellory excelle à traduire les sensations, et à travers elles, les sentiments. Il sait exprimer l'horreur mais aussi le désir, comme dans cette scène :

 

"Je levai la main, et lui touchai le bras, l'épaule, la nuque.
Ses mains trouvèrent ma taille, les boutons de mon pantalon.

"Enlève ça", lâcha-t-elle.

Je me débattis avec mes vêtements.

La brise souleva le rideau de la fenêtre derrière moi, elle souleva les poils sur ma peau, me fit frissonner un moment.

Alex fit un pas en arrière, puis un autre et s'assit au bord du lit (...)

"Tu sais comment on fait, n'est-ce pas ?"

Je fis signe que oui.

Elle s'avança un peu, ôta son jupon, puis elle s'étendit sur le matelas et étendit la main.

"Viens, alors, dit-elle, avant que l'attente ne me tue."

Nous trouvâmes un rythme, maladroitement au début, mais nous le trouvâmes. Nous le suivîmes : il nous mena en un endroit où nous n'avions jamais prévu d'aller. Le genre d'endroit dont on ne veut jamais revenir.

Je me souviens avoir ri à certains moments, même si je ne sais plus pourquoi."

 

R.J. Ellory, Seul le silence, Le livre de poche.

Par Mesengouements
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 17:37
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Dimanche 21 août 2011 7 21 /08 /Août /2011 15:21

Ignorez-vous encore Allain Leprest ? Le chanteur est mort au début de la semaine. Je vous en ai parlé plusieurs fois sur ce blog, ici , , ou encore ici. L'auteur de quelques chansons magnifiques a vécu ses dernières années sur un fil paradoxal : il était malade, fatigué, et en même temps il était de mieux en mieux connu, de plus en plus reconnu. Cette embellie artistique, il la doit aux artistes qui l'ont entouré, qui l'ont chanté ces dernières années - qu'ils s'appellent Higelin, Fugain, ou Sanseverino, Olivia Ruiz, Loïc Lantoine - et à un producteur dont le travail a été formidable : Didier Pascalis, le fondateur du label Tacet. Leprest disparu, ses textes demeurent, notamment grâce aux deux albums "Chez Leprest", parus récemment.

 

Sur son blog, CQTC, Daniel Pantchenko, un des meilleurs spécialistes de la chanson française, évoque avec justesse Leprest et ses chansons. Il nous offre, en prime, un hommage signé Claude Nougaro.

Par Mesengouements
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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 12:29

La plage éphémère de la ville de Paris a deux genres d'opposants. Ceux de droite, qui haïssent l'esprit de Paris-Plages : le mélange des gens et des genres, les berges rendues aux piétons, la flânerie organisée. Ceux de gauche, pour qui l'opération n'est qu'un cache-misère, qu'elle ne sert qu'à amuser les bourgeois.

Laissons les médire, les uns et les autres. Et prenons cette plage pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une parenthèse, rien de plus et rien de moins, légère, joyeuse, toujours inattendue, y compris quand il pleut.


C'était il y a quelques jours, au crépuscule, sous un ciel bas et chargé. Nous sommes descendus sur la berge. De l'escalier, le long du pont d'Arcole, le paysage était impressionnant. L'orage menaçait déjà.


Plage-1-ok.jpg

 

 

Nous avons marché, vers l'est, sur la plage de bitume. Peu d'estivants, et beaucoup de vent. Nous nous sommes arrêtés sur une terrasse au bord de l'eau, et nous avons senti les premières gouttes. Le ciel s'est obscurci. La pluie, légère, est devenue battante. Nous avons couru sous les arcades du pont Louis-Philippe. Deux musiciens - un pianiste et un batteur - s'y étaient déjà réfugiés. Autour d'eux, une vingtaine de passants entonnait des chansons : Clandestino, Ella Elle l'a, L'orage, Les histoires d'amour finissent mal. Sur Alexandrie Alexandra, certains, oubliant leurs cirés trempés, ont entamé la chorégraphie de 1978. Tout le monde était serré sous le pont.

 

Plage-2.jpg

 

Sur la voie express - je n'ose écrire : sur la plage abandonnée... - la pluie redoublait. Le ciel sur Paris était superbe. 

 

Plage-3.jpg


Par Mesengouements
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Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 14:48

 

Pour découvrir le palais de Fronteira, à Lisbonne, il faut se donner un peu de mal. Point de "28", le fameux tramway qui monte et descend les collines de capitale portugaise, mais le métro, tout simplement, station "Jardin zoologique". Quinze minutes de marche. Une avenue sans charme, une grande passerelle métallique au-dessus d'une voie de chemin de fer et d'une portion d'autoroute. Juste derrière, une rue monte vers le grand parc de Monsanto. Très vite, à gauche, une vaste maison aux murs ocres apparaît derrière un mur. Elle surplombe un jardin en pente. Vous êtes chez le marquis de Fronteira, le douzième du nom. 

 

 

Le palais est un des plus beaux de la capitale portugaise. Il était, au XVIIème siècle, la résidence d'été de la famille Fronteira, avant de devenir également, plus tard, sa résidence d'hiver car le palais principal, dans le quartier du Chiado, n'a pas résisté au tremblement de terre de 1755. Celui-ci, en revanche, est resté debout.

IMG_1152-copie-3.JPG

La façade et l'entrée rappellent les grandes et belles villas italiennes. La comparaison s'arrête là. L'intérieur du palais est unique : des azulejos recouvrent de nombreux murs. Ils ont été peints au XVIIème et au XVIIIème siècles : polychromes pour les plus anciens ; bleus et blancs, plus raffinés pour les plus récents, sous l'influence hollandaise. Dans la salle des batailles, à la fin du XVIIème siècle, le marquis a fait représenter, sur quatre frises, le long des murs, le combat des Portugais pour se libérer des Espagnols. Frise héroïque, bande dessinée géante, cette salle des batailles s'observe en détails : les soldats sont représentés à la guerre, dans l'affrontrement, mais aussi dans leurs gestes quotidiens : ils boivent, se reposent, cheminent.

Des frises, encore, des azulejos, et des détails à n'en plus finir sur la terrasse au-dessus du jardin, et dans le jardin lui-même, autour du petit bassin accolé au palais. Il faut prendre le temps d'observer les motifs : des singes et des chats sont représentés chez le coiffeur ou à la leçon de musique, métamorphoses et caricatures des nobles rentrés de la guerre.

IMG_1164.JPGDans le jardin, vous pourrez traîner, arpenter la belle galerie des rois qui surplombe le grand bassin, passer du soleil éclatant à l'ombre des arbres, à la fraicheur, près de l'eau. Le guide est là, pas très loin. Il vous accompagne dans les principales pièces du palais mais vous laisse ensuite déambuler dans les allées du parc. J'éprouve, ici, une sensation étrange : nous sommes à quelques mètres de l'autoroute, les avions passent au-dessus de nos têtes et nous sommes pourtant ailleurs, dans un autre espace et dans un autre temps. Le palais et le jardin sont des décors de cinéma, le cadre d'un roman dont les personnages vont surgir derrière un bosquet.  Pascal Quignard a passé plusieurs jours ici, paraît-il, pour écrire La Frontière, que je n'ai pas encore lu. J'magine l'écrivain, un crayon à la main, au milieu des visiteurs, cherchant l'esprit des lieux.

Par Mesengouements
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