Plusieurs fois, ces derniers mois, le nom d'Ellory était revenu dans la conversation. Poussé par la curiosité, j'ai donc fini par ouvrir Seul le silence. Je l'ai dévoré.
Le récit débute en 1939, dans un village de l'Etat de Georgie. Joseph, le narrateur, a douze ans. Il vient de perdre son père. Une petite fille est retrouvée assassinée et mutilée. Puis une deuxième, une troisième et d'autres encore. Les meurtres s'enchaînent, implacables et jamais résolus. Ces drames deviennent l'obsession du narrateur. Ils ne le quittent pas, même lorsqu'il devient adulte.
Seul le silence est un roman très noir. Le récit d'Ellory vous prend, vous enveloppe, ne vous lâche pas. L'Américain recrée une ambiance poisseuse, délétère. Mais il ne s'y complet pas : Joseph découvre simultanément l'écriture - il veut devenir écrivain - le malheur, et l'amour. Ellory excelle à traduire les sensations, et à travers elles, les sentiments. Il sait exprimer l'horreur mais aussi le désir, comme dans cette scène :
"Je levai la main, et lui touchai le bras, l'épaule, la nuque.
Ses mains trouvèrent ma taille, les boutons de mon pantalon.
"Enlève ça", lâcha-t-elle.
Je me débattis avec mes vêtements.
La brise souleva le rideau de la fenêtre derrière moi, elle souleva les poils sur ma peau, me fit frissonner un moment.
Alex fit un pas en arrière, puis un autre et s'assit au bord du lit (...)
"Tu sais comment on fait, n'est-ce pas ?"
Je fis signe que oui.
Elle s'avança un peu, ôta son jupon, puis elle s'étendit sur le matelas et étendit la main.
"Viens, alors, dit-elle, avant que l'attente ne me tue."
Nous trouvâmes un rythme, maladroitement au début, mais nous le trouvâmes. Nous le suivîmes : il nous mena en un endroit où nous n'avions jamais prévu d'aller. Le genre d'endroit dont on ne veut jamais revenir.
Je me souviens avoir ri à certains moments, même si je ne sais plus pourquoi."
R.J. Ellory, Seul le silence, Le livre de poche.
