Il va falloir attendre. Le dernier film de Laurent Cantet ne sort que le 15 octobre.
Il a obtenu la palme d'or à Cannes. J'ai eu la chance de le voir. Ce film est superbe.
Le réalisateur adapte "librement" l'ouvrage de François Begaudeau. Pendant deux heures, nous sommes "entre les murs", ceux d'un collège du XXème arrondissement de Paris. François
Marin - interprété par François Begaudeau - enseigne le français à des élèves souvent issus de l'immigration, dont le niveau est globalement très faible.
Entre les murs est une fiction. Le film est fondé sur un scénario, des dialogues. Les scènes ont été travaillées, répétées. Nous nous attachons à
des histoires. Mais Cantet se place à la limite du documentaire. Il travaille le réel comme on travaille un diamant. Quelques élèves du vrai collège interprètent les élèves de cette classe fictive.
Ils jouent, donc, mais le réalisateur, qui a tourné simultanément avec trois caméras, laisse une place à l'imprévu. Au milieu des dialogues, quelques répliques spontanées fusent dans la classe. La
scène peut prendre un autre tour. Drôle. Tragique.
Quand un collège est représenté au cinéma, il est souvent caricaturé. Là, jamais. Le professeur n'a rien d'exemplaire, ses collègues - interprétés eux aussi par de vrais enseignants - non plus. Ils
connaissent des enthousiasmes, des doutes, des divergences. Ils s'engueulent. Ils apparaissent tels qu'ils sont, engagés et fragiles. Les élèves ? Ils sont fragiles eux aussi, et durs par moment,
insolents, brutaux. Aucun ne suit une trajectoire linéaire. Chacun est un monde.
Tous ceux qui, de l'extérieur, administrent des leçons aux enseignants, tous ceux qui expliquent doctement ce que doit être l'école devraient en prendre de la graine. La classe de
Cantet et Begaudeau ne masque rien : ni les espoirs, ni les impasses. Nous rions, nous sommes émus, nous sommes effarés. Les inégalités (de richesse, de culture, d'intelligence) sont criantes.
Un point, encore. Le Figaro a cru discerner dans ce long métrage un "essai" plus qu'un film de cinéma. N'en croyez rien. Ces personnages - les élèves comme les enseignants - sont
prodigieusement incarnés. Dans la cour pour un match de foot, dans un escalier pour quelques mots échangés, devant le proviseur pour un conseil de discipline, dans la classe pour une joute
verbale... A chaque fois, la caméra est juste, à sa place. Du cinéma, évidemment.
Par Mesengouements
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