Partager l'article ! Le palais des marquis de Fronteira: Pour découvrir le palais de Fronteira, à Lisbonne, il faut se donner un peu de mal. Point ...
« Le système nous veut triste et
il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister »
Gilles Deleuze
Pour découvrir le palais de Fronteira, à Lisbonne, il faut se donner un peu de mal. Point de "28", le fameux tramway qui monte et descend les collines de capitale portugaise, mais le métro, tout simplement, station "Jardin zoologique". Quinze minutes de marche. Une avenue sans charme, une grande passerelle métallique au-dessus d'une voie de chemin de fer et d'une portion d'autoroute. Juste derrière, une rue monte vers le grand parc de Monsanto. Très vite, à gauche, une vaste maison aux murs ocres apparaît derrière un mur. Elle surplombe un jardin en pente. Vous êtes chez le marquis de Fronteira, le douzième du nom.
Le palais est un des plus beaux de la capitale portugaise. Il était, au XVIIème siècle, la résidence d'été de la famille Fronteira, avant de devenir également, plus tard, sa résidence d'hiver car le palais principal, dans le quartier du Chiado, n'a pas résisté au tremblement de terre de 1755. Celui-ci, en revanche, est resté debout.
La façade et l'entrée rappellent les grandes et belles villas italiennes. La comparaison s'arrête là. L'intérieur du palais est unique : des azulejos recouvrent de nombreux murs. Ils ont été peints au XVIIème et au XVIIIème siècles : polychromes pour les plus anciens ; bleus et blancs, plus raffinés pour les plus récents, sous l'influence hollandaise. Dans la salle des batailles, à la fin du XVIIème siècle, le marquis a fait représenter, sur quatre frises, le long des murs, le combat des Portugais pour se libérer des Espagnols. Frise héroïque, bande dessinée géante, cette salle des batailles s'observe en détails : les soldats sont représentés à la guerre, dans l'affrontrement, mais aussi dans leurs gestes quotidiens : ils boivent, se reposent, cheminent.
Des frises, encore, des azulejos, et des détails à n'en plus finir sur la terrasse au-dessus du jardin, et dans le jardin lui-même, autour du petit bassin accolé au palais. Il faut prendre le temps d'observer les motifs : des singes et des chats sont représentés chez le coiffeur ou à la leçon de musique, métamorphoses et caricatures des nobles rentrés de la guerre.
Dans le jardin, vous pourrez traîner, arpenter la belle galerie des rois qui surplombe le grand bassin, passer du soleil éclatant à l'ombre des arbres, à la fraicheur, près de
l'eau. Le guide est là, pas très loin. Il vous accompagne dans les principales pièces du palais mais vous laisse ensuite déambuler dans les allées du parc. J'éprouve, ici, une sensation étrange :
nous sommes à quelques mètres de l'autoroute, les avions passent au-dessus de nos têtes et nous sommes pourtant ailleurs, dans un autre espace et dans un autre temps. Le palais et le jardin sont
des décors de cinéma, le cadre d'un roman dont les personnages vont surgir derrière un bosquet. Pascal Quignard a
passé plusieurs jours ici, paraît-il, pour écrire La Frontière, que je n'ai pas encore lu. J'magine l'écrivain, un crayon à la main, au milieu des visiteurs, cherchant l'esprit des
lieux.
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