Je vous salue ! Ici, vous trouverez mes engouements, grands ou petits, éphémères ou durables. A vous de jouer, en laissant votre commentaire ou en m'écrivant directement (à l'adresse : engouements(arobase)yahoo.fr)
A bientôt...
Je termine le nouveau livre de Jean Hatzfeld, le troisième consacré au génocide rwandais. Dans le nu de la vie tendait l'oreille aux récits des rescapés, Une saison de machettes s'intéressait aux tueurs rencontrés en prison. La stratégie des antilopes est à la fois une synthèse et une suite des deux précédents.
Le journaliste-écrivain retourne au Rwanda, dans la région de Nyamata, et y retrouve les acteurs du génocide déjà interviewés dans les livres précédents. Le temps a passé. Le Rwanda est entré dans le XXIème siècle. En 2003, des milliers de tueurs ont été libérés. Le livre raconte d'ailleurs la sortie de prison, le retour des tueurs hutus et les "retrouvailles", la cohabitation avec les victimes tutsies.
A nouveau, des dizaines de témoignages nous sautent au visage. D'abord les récits des victimes, ici "chassées" pendant plusieurs semaines dans la forêt de Kayumba. Simples, sans fioritures, comme celui d'Innocent : "La vie me proposait un destin de gibier. C'était à prendre ou à laisser". Les histoires sont dures, à l'aune des faits : les corps harcelés, traqués et finalement "coupés", à la machette au milieu des papyrus. Ensuite, les récits des tueurs et la manière dont chacun d'entre eux a repris sa vie, parmi les victimes. Beaucoup d'indifférence. Ce qui est fait est fait. Les témoignages des uns et des autres sont mêlés. La vie continue. Tout semble comme avant mais rien n'est plus pareil.
Claudine Kayitesi, rescapée :
"Les gens vivent paisiblement mais au fond ils s'évitent. L'atmosphère n'est pas élaborée. Dans les deux camps, le danger guette. On peut se montrer humble et gentil, on va échanger, on va coopérer comme il faut. Mais les croire est impensable. La réconciliation est une politique de l'Etat. On la craint, on lui obéit, on l'accepte pour se défendre contre les peines de la vie. Un humain ne peut délaisser sa nature sans fin. On a la nostalgie de vivre quelque chose. Si tu es cultivatrice, c'est d'être prospère. Si tu es une mère, c'est d'être féconde ; si tu es épouse, c'est d'être apprêtée. Voilà pourquoi, moi, j'accepte de partager la vie sur les collines avec les tueurs. C'est un choix, un peu obligatoire".
Je pourrais vous lire ici de très nombreux et magnifiques passages. La langue des rescapés est d'une beauté rare. Celle de Jean Hatzfeld aussi. Encore une fois, plus encore peut-être que dans les deux livres précédents, l'écrivain, en nous racontant la vie à Nyamata, atteint l'universel. Comment vit-on après le génocide, a fortiori quand un voisin a tué votre soeur, vos parents, votre femme ? Commen avoir confiance ?
Difficile d'évoquer comme il convient La Stratégie des antilopes. Ce livre est une source de reflexion infinie. Il nous laisse sans voix. La gorge sèche.