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Je vous salue ! Ici, vous trouverez mes engouements, grands ou petits, éphémères ou durables. A vous de jouer, en laissant votre commentaire ou en m'écrivant directement (à l'adresse : engouements(arobase)yahoo.fr) A bientôt...

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La graine et le mulet


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Je veux vous conseiller un demi-film. La première partie de La graine et le mulet, d'Abdellatif Kechiche. Mon avis est idiot. Je ne vous imagine pas quitter la salle de cinéma au bout d'une heure ou une heure quinze, alors que le film dure deux heures et demie. Pourtant, ce serait judicieux. Le réalisateur de L'Esquive a raté son coup. Son film se développe et se termine de manière mélodramatique et baclée. La déception est d'autant plus vive que la première partie est éblouissante. 

Vous avez sûrement lu, ici ou là, de quoi il s'agissait : dans le port de Sete, la vie de Slimane (Habib Boufares), 61 ans, père de famille et divorcé, et aussi la vie de ceux qui l'entourent, sa famille, sa maîtresse et sa belle-fille (Hafsia Herzi, ci-dessus avec Habib Boufares, tous deux magnifiques). Slimane, usé par son emploi dans son chantier naval, décide de créer un restaurant à bord d'un vieux bateau qu'il restaure. 

C'est là que la bât blesse. Pour suivre le fil de cette intrigue, Abdellatife Kechiche perd ce qui fait la beauté initiale de son film : la vie captée au plus près. Comme dans la première partie de L'Esquive , d'ailleurs, Kechiche filme en grand cinéaste naturaliste. Les individus, les hommes, les femmes, leur identité de groupe, la communauté maghrébine dans le port de Sète apparaissent peu à peu, et de manière éclatante, émouvante. La vérité des mots, des visages, des lieux, des objets me laisse pantois. Le montage impose un rythme original, trop lent au goût de certains. Mais l'énergie profonde des personnages, des acteurs et de la pellicule n'en jaillit que mieux. 

La première partie, donc. Pas la deuxième. Comment faire ?
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N
Pour ma part, j'en suis sorti un brin circonspect et un grain en travers de la gorge...et comme je suis un bourricot, je reverrai ce film pour lequel je suis prêt à changer d'avis.
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S
Je suis d’accord avec Larry pour dire qu’il est délicat de dissocier deux parties dans le film. Pour ma part, je ne les vois pas. En revanche, je pense que les longueurs ou les moments d’épuisement sont nombreux, parfois pesants, quelques fois irritants.Mais ces moments sont aussi plus subtils qu’il n’y paraît parce que Kéchiche s’attarde mais pas toujours de façons vaine et inutile. Et dans l’épuisement, quelques perles, quelques moments précieux jaillissent. Enfin, cette livraison de Kéchiche n’est pas que l’immigration, les communautés, cet ici et ce là-bas…parce que la solidarité familiale, la recomposition des familles, l’hypocrisie du clan ou les affrontements entre générations dépassent toutes ces sphères.Bref, ce film est à l'image de ce couscous qui tarde à arriver sur la table et que l'on nous sert avec du mulet, l'ingrédient de trop. Cela dit la graine était bonne...
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M
Et moi je suis d'accord avec toi à propos des "perles" et des "moments précieux", y compris dans la deuxième partie !Mais à mon avis, ça ne sauve pas les approximations du scénario et du rythme....
V
Mon cher Jean, <br /> Je prends ces cinq minutes pour te passer un bonjour et te dire que, oui, nous pourrions nous voir et peut-être revoir le film de Kechiche tant je le trouve admirable. L'ami Larry, je le vois, m'a précédé dans le commentaire et, comme bien souvent, il n'y a pas grand chose à ajouter. En lisant ton avis, je me disais que tu étais passé à côté du sens de la seconde partie qui donne, à mes yeux, encore plus de sens à la première. Et *A Bigger Splash* tu es allé voir?<br /> v
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M
Salut Vincent,C'est donc ça ! Je critique la deuxième partie du film parce que je ne l'ai pas COMPRISE... Mais si tu m'expliques bien, j'ai peut-être une chance de saisir enfin le sens voulu par Kechiche ? ;-)) Ouf...Non, pas vu "Bigger splash"...
L
J'entends bien ce que tu dis, mais ai du mal à dissocier les deux parties, qui me semblent plus organiquement liées que tu ne sembles le penser.Je suis d'accord avec ton dernier paragraphe, ce sont effectivement les qualités majeures de Kechiche. Mais que la fin soit mélodramatique et bâclée? Je ne le pense pas; elle orchestre un suspense qui est ce qu'il est mais permet de mettre en valeur l'idée sur laquelle le film entier se fonde, l'épuisement. Cet épuisement des représentants des deux générations à mener à bien un projet qui devrait permettre de jeter tous les ponts (entre les êtres, les communautés, les générations, le passé de deux pays et leur présent, etc.) ne me semble pas particulièrement mélodramatique, même si le sort de Slimane est dans la balance. C'est un épuisement ambivalent, en pure perte et pourtant nécessaire, admirable. Et il me semble que l'état d'épuisement dans lequel Kechiche cherche à mettre son spectateur - la façon dont il cherche à l'essorer, même si ce n'est pas de la même façon que dans la première partie, de fait - achève de rendre cette démarche cohérente et passionnante, quand bien même chacun peut à loisir, et à bon droit, pointer la ou les scènes qui pour lui font que la coupe est pleine. Justement, la coupe est pleine, il y a à boire et à manger dans ce film, mais c'est cette richesse, cette position à la limite de la rupture, cette consommation des ressources de la fiction (et de ses personnages) qui en font le grand prix. Un film à voir en entier donc, qu'on peut ne pas apprécier dans toutes ses composantes ou dont on peut rejeter certaines scènes (celles dont on trouverait qu'elles dépassent la mesure, pour beaucoup la scène où la belle-fille pique sa crise face à Slimane, gonflante certes, mais ô combien gonflée à cet endroit-là, pour la suspension qu'elle entraîne) mais qui me semble former une unité certaine et des plus passionnantes.
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M
D'accord avec toi sur l'épuisement. C'est exactement ça. Les personnages de Kechiche sont épuisés, au bord de trébucher, à en mourir pour l'un d'entre eux.  D'accord avec toi aussi sur le fait que le réalisateur nous essore. Cette deuxième partie est éprouvante, d'ailleurs. Mais je continue à penser que le film ne tient pas la distance. Sans rêver d'un happy end, j'aurais aimé que la fin soit aussi tenue, dans le scénario, dans la finesse du lien entre les personnages, dans le portrait de groupe, que l'est la première partie.