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Je vous salue ! Ici, vous trouverez mes engouements, grands ou petits, éphémères ou durables. A vous de jouer, en laissant votre commentaire ou en m'écrivant directement (à l'adresse : engouements(arobase)yahoo.fr) A bientôt...

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Mai 68 sous l'oeil de Claude Lefort


Enfin le mois de juin ! Finis, peut-être, les quarante ans de Mai 68, partout, à la une des journaux, sur les plateaux de télévision. Les zélateurs du joli mois de mai. Et ses contempteurs, jusqu'au président de la République soucieux de liquider l'héritage de 68. Mais finalement, quoi de neuf ?

Le texte le plus intelligent, le plus éclairant,  je l'ai trouvé... dans de vieilles pages. Il y a quarante ans exactement, le philosophe Claude Lefort publiait, à chaud, son analyse des événements de mai. Son texte s'intitule Le désordre nouveau. Il vient de reparaître avec les deux articles qui l'accompagnaient, celui d'Edgar Morin et celui de Cornelius Castoriadis.

Cette analyse, je pourrais la citer du début à la fin, tant elle est lumineuse. Lefort cherche - et trouve - ce qu'il y a de radicalement neuf dans le mouvement de mai : le refus d'obtempérer à toute autorité. Les enragés "sont en rupture de ban. Dans une société saturée de discours et d'organisations, où la parole et l'action sont assignées à résidence, où il faut avoir sa place, décliner son identité pour avoir le droit d'agir ou de parler, ils créent un nouvel espace. Mieux vaudrait dire qu'ils creusent un non lieu. Là, le possible renaît, un possible indéterminé, un possible qui va se relancer et se modifier d'événement en événement, et qui entraîne un nombre de plus en plus important d'étudiants, fait basculer dans sa course les militants politiques eux-mêmes".

Je ne veux pas vous assommer de citations, mais lisez, lisez vraiment ce texte. Pour comprendre aussi ce qu'a été aussi cette formidable grève générale, totalement inattendue. Soudain, une "ouverture". "En un instant, se dissipe la croyance quotidienne en l'inéluctabilité des règles qui soutiennent l'organisation de la société et des conditions qu'elles aménagent. En un instant, l'on découvre que la prétendue nécessité de la soumission est fondée sur un rapport de force et que ce rapport peut être renversé".


Edgar Morin, Claude Lefort, Cornelius Castoriadis, Mai 68, La Brèche, suivie de Vingt ans après. Fayard, 2008.


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