J'ai lu, enfin, le Journal d'Hélène Berr, ce texte sorti de l'ombre plus de soixante ans après la disparition de son auteur.
En 1942, Hélène Berr a vingt-et-un ans. Elle étudie l'anglais à la Sorbonne, elle prépare l'agregation, elle est jolie. Elle tombe amoureuse, réfléchit à ce que sera sa vie et l'écrit, page après page. Journal intime, ponctué par les larmes et les rires de la jeunesse. Mais Hélène Berr est juive.
Vient l'étoile jaune. Le 4 juin, Hélène hésite : porter cet insigne, ou pas ? "A ce moment là, j'étais décidée à ne pas le porter. Je considérais cela comme une infamie et une preuve d'obéissance aux lois allemandes. Ce soir, tout a changé à nouveau : je trouve que c'est une lâcheté de ne pas le faire, vis-à-vis de ceux qui le feront. Seulement, si je le porte, je veux être toujours très élégante et très digne, pour que les gens voient ce que c'est. Je veux faire la chose la plus courageuse. Ce soir, je crois que c'est de le porter".
Ainsi, le Journal d'Hélène Berr. Une profondeur, une lucidité, un courage stupéfiants. Les persécutions, les déportations sont décrites pas à pas, avec leur cortège de misères et de lâchetés. Et en même temps, Hélène prend la mesure des vraies amitiés, des liens qui demeurent : "Il y a du beau mêlé au tragique, écrit-elle. Une espèce de resserrement de la beauté au coeur de la laideur. C'est très étrange".
La laideur l'emporte. Le 13 janvier 1944 : "Je rentre ce soir, écrasée par la pleine conscience de la réalité. Il y a des moments où je prends pleinement conscience et alors il me semble que je me débats dans un océan sous un ciel noir, sans une lueur". Hélène Berr est déportée. Elle meurt à Bergen Belsen, au mois d'avril 1945, quelques jours avant la libération du camp.
Patrick Modiano signe la préface de ce texte admirable : "Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d'Hélène et marcher à ses côtés. Une voix et une présence qui nous accompagneront toute notre vie".
Hélène Berr, Journal, Tallandier.