J'ai visité l'exposition consacrée au peintre Yves Klein, au Centre Pompidou, à Paris. Quarante ans après sa disparition, Klein nous fait sourire. Il est un artiste malin, et je ne suis pas sûr que ce soit un compliment. Il a sans cesse une nouvelle idée : il dépose le brevet de son fameux bleu, l'International Klein Blue (IKB) ; il crée ses fameuses anthropométries, transformant ses modèles en pinceaux vivants et aléatoires ; il réinvente les trois couleurs primaires, en substituant au classique "bleu, jaune, rouge", une palette "bleu, rose et or", sa "trinité" dit-il, en démiurge qui assume son geste. C'est là l'intérêt et la limite chez Klein : le concept excède l'oeuvre, l'acte de créer prime sur le fruit de la création. Dans le meilleur des cas, c'est moderne, ludique, en mouvement. Dans la pire des hypothèses, c'est poseur, vain et finalement assez ringard. Les concepts meurent, les oeuvres restent. Et le bleu, fût-il profond, parait bien pâle.