Je viens de voir Le Bonheur, d'Agnès Varda. Un homme aime sa femme ; il en rencontre une autre, qu'il aime aussi : le bonheur s'ajoute au bonheur, dans un égoïsme destructeur. Tout s'effondre et tout continue pourtant. Film riche, film violent, film sans morale dans la lumière d'une nature idyllique, tout près de Paris, dans les années 1960. Dans un bonus du DVD, Frédéric Bonnaud qualifie ce Bonheur de "conte cruel". L'expression est parfaite. On pense d'ailleurs à Jacques Demy et à l'incroyable violence qui traverse également ses films. Sur le fond et sur la forme - les audaces de cadre, de montage, de couleur, toujours pertinentes -, Varda réussit un tour de force : elle signe une oeuvre à la fois douce et profondément dérangeante.