Je vous salue ! Ici, vous trouverez mes engouements, grands ou petits, éphémères ou durables. A vous de jouer, en laissant votre commentaire ou en m'écrivant directement (à l'adresse : engouements(arobase)yahoo.fr) A bientôt...
Allez, pour oublier un instant la politique, et cette campagne d'entre deux tours qui promet d'être agitée, je vous livre un passage d'Aurélien, d'Aragon, que je suis en train de relire.
"Qui n'a pas éprouvé ce sentiment étrange de se retrouver en face d'une inconnue à un rendez-vous d'une femme passionnément aimée, dont on était tout entier occupé, mais qu'on connaissait encore à peine ? Il avait suffi d'un changement léger de la coiffure, d'une robe différente, ou de l'atmosphère d'un lieu public pour rendre méconnaissable celle qu'on croyait déjà à jamais fixée dans la mémoire. Qui n'a pas éprouvé ce désappointement ne sait rien du véritable amour.
Aurélien l'éprouvait rien qu'à imaginer Bérénice, sans avoir besoin de la voir. Mais comme il n'avait jamais aimé, il ne savait pas que cette irritation devant l'image évoquée, l'insatisfaction qu'elle lui apportait, c'était autre chose que l'effet d'une observation distraite. Il ne rêvait pas que ce pût être l'amour.
Il se gourmandait d'être si mauvais à rétablir une physionomie, n'importe quelle physionomie. C'était pour lui soudain un dogme établi qu'il avait ce défaut. "C'est cela, -pensait-il,- je ne suis pas physionomiste." En réalité, il avait plusieurs instantanés de Bérénice, mais si divers qu'il n'arrivait pas à les concilier. Il ne lui semblait pas que ce fût la même femme. Ces lueurs qu'il avait d'elle étaient discordantes, comme ses traits, même au vrai. Mais c'était cela qu'il acceptait quand il la voyait, parce que la vue ne se discute pas ; et qu'il rejetait dans ses souvenirs, parce que la mémoire a la réputation d'être infidèle, et que tout le monde sait qu'elle embellit ou qu'elle est incapable de reproduire ce qui fait le charme d'un visage. Ce rien fugitif..."