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A la fin des années 1950, Eugène Ionesco a écrit une de ses pièces les plus célèbres, Rhinocéros.
L'intrigue est connue. Berenger, le héros, voit peu à peu son univers se transformer : en ville, au bureau, dans la rue, tous se transforment peu à peu en rhinocéros.
Au début, les humains évitent ces animaux : "Les gens s'écartent sur leur passage, puis reprennent leur promenade, vaquent à leurs affaires comme si de rien n'était".
Puis la "rhinocérite" devient hautement contagieuse. Jean, l'ami de Berenger, sent une corne lui pousser. Il devient mauvais, menaçant : "La morale (...), elle est belle la morale ! Il faut dépasser la morale !" Puis, s'adressant à Jean : "L'humanisme est périmé ! Vous êtes un vieux sentimental ridicule !"
Même Daisy, l'amour de Berenger, finit par le quitter, pour suivre... les rhinocéros, car, dit-elle, "ils sont beaux (...) ce sont des dieux". Berenger reste seul : "Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas !"
Tout y est, en admirable métaphore : la contagion de la violence, le culte de la force, l'écrasement, l'annihilement, la haine des "oisifs" (dès la première scène), la conversion des intellectuels à la loi de la jungle. En trois actes, le monde policé disparaît.
A part ça, certains continuent à annoner que Ionesco est le "maître de l'absurde".