Je viens de terminer Gloire incertaine, du catalan Joan Sales. "Le grand roman de la guerre civile espagnole par un témoin du camp des vaincus", selon la quatrième de couverture. C'est plus que ça : une plongée dans la Catalogne à la fin des années 1930, sur le front, côté républicain et à l'arrière. Un roman dense qui nous fait épouser les points de vue de trois personnages : Lluis, soldat engagé ; Trini, sa compagne, et Cruells, un infirmier militaire. Sales raconte la guerre de l'intérieur : l'attente du combat, l'armée en déroute, les hommes entre eux, et plus encore les luttes intestines du camp républicain, les exactions couvertes par la propagande la plus infecte, y compris chez les "rouges". Et en même temps, la passion amoureuse, le coup de foudre, l'usure du couple.
Quelques figures mémorables traversent le récit, à commencer par Soleras, philosophe de champ de bataille, fou, maître du paradoxe, charismatique, brutal, dépourvu de convictions ; il apparaît dans les trois parties du livre. On s'attache aussi à Trini, une des narratrices, à la Carlane, dont s'éprend Lluis, qui la voit "indifférente, splendide et monstrueuse comme la vie même".
Visiblement, l'oeuvre de Joan Sales, éditée pour la première fois dans sa version complète, suscite peu d'échos. C'est pourtant un grand livre, à la fois romanesque et désenchanté.
Gloire incertaine, de Joan Sales, traduction de Marie Bohigas et Bernard Lesfargues, Tintablava, 2007.