Un mauvais film peut être intéressant. C'est le cas du long-métrage de Gavin Hood qui sort ce mercredi. Détention secrète raconte l'histoire de ce que certains appellent en anglais "a rendition", ce qu'on peu traduire par "restitution" : le fait, pour les Etats-Unis, de transférer de supposés terroristes dans d'autres pays, sans respecter quelque règle que ce soit. Ici, l'histoire d'un ingénieur chimiste américain d'origine egyptienne, enlevé un jour par la CIA et expédié aussitôt dans un pays d'Afrique du nord pour y être interrogé, c'est-à-dire torturé.
Le film est plein de défauts : le scénario est très didactique, très schématique. Il nous montre avec lourdeur, et en parallèle, les combats menés par les différents protagonistes. Le malheureux chimiste est aux prises avec un système atroce auquel il ne comprend rien. Sa femme se démène pour savoir où il est. Les terroristes fanatisés préparent leurs attentats barbares. La police secrète locale exerce une répression dégueulasse. Un agent de la CIA progresse sur le chemin du doute. La réalisation est à l'avenant, très holywoodienne, efficace au mauvais sens du terme. Le film de Gavin Hood utilise, pour la bonne cause, les mêmes recettes que n'importe quel film de propagande, violence comprise.
Pourtant, Detention secrète est intéressant. D'abord, on est immédiatement embarqué (pas forcément ému, mais entraîné) dans cette histoire. Omar Metwally, dans le rôle du chimiste, et Meryl Streep, en patronne de la CIA, sont très convaincaints. Surtout, ce film américain donne un visage, des visages, à un phénomène répandu aujourd'hui. Ce qu'on sait de l'actualité (au nom de leur sécurité, certains "alliés" s'affranchissent de toute règle humaine) prend vraiment corps sous nos yeux. Le film est pataud, mais pas manipulateur. Il se donne les moyens d'être militant. Son propos et son esthétique pourraient toucher un large public. Aux Etats-Unis, pourtant, il a fait un bide. Ca vous étonne ?