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En grand salut à une femme qui m'est chère et qui aime ce lieu, un beau texte de Jean Follain sur le jardin des Plantes.
" Dans le jardin des Plantes, les troupiers nostalgiques vont se pencher au-dessus de la fosse aux ours. Ce jardin symbolise désoeuvrement, flânerie curieuse, tristesse et douceur des encyclopédies.
Le petit vent aigre d'automne qui, vers les cinq heures du soir, secoue les étiquettes à noms latins fichées dans les massifs souffle bien pour donner le frisson d'anxiété voluptueuse à tel garçon obsédé, dans la cervelle de qui tout se confond, dont la mémoire défaille, et qui sous la lumière blonde d'une lampe à pétrole rêva de savoir.
Les ours offrent l'image d'une tranquille lourdeur animale par les beaux soirs propices aux disputes philosophiques ; les paysans exilés ne sauraient reconnaître aucune de leurs bestioles familières dans certains oiseaux solennels aux bigarrures vertes et rouges, à huppes et aigrettes.
Au Muséum, les visiteurs contemplent des moulages de cire alors qu'arrivent lointains des cris de camionneurs. Les ailes des papillons épinglés répandent une poussière impalpable. Il se peut que par un coup du hasard une fille réfugiée près d'un diplodocus tremble de retomber entre les mains de son souteneur qui la cherche par les calmes ruelles voisines.
Dans les brumes cendrées de ce beau jardin, lorsqu'un été torride a tout grillé, excepté quelques vivaces plantes vertes et de rocailles, j'en sais qui sentirent un moment d'ineffable, une fantomatique et délicieusement crispante nostalgie en buvant de l'eau fraîche et claire à même un gobelet enchaîné, en mangeant un de ces petits pains destinés à jeter aux animaux.
Dans l'ancien jardin du roi se réfugient de vieilles bonnes renvoyées qui pleurent sur les bancs, alors que le jardinier et ses aides ratissent doucement (...)
La nuit, le cri des animaux, s'il se fait parfois plus insistant, trouble à peine dans son sommeil la radieuse fille du gardien. "
Jean Follain, Paris, 1937, réédition Phébus libretto 2007.