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J'aime le nouveau film de Christophe Honoré, Les Chansons d'amour. Un film parcouru de parties chantées, ce qui n'en fait pas une comédie musicale. Il y est question de plusieurs amours, d'un deuil immense, et de Paris pendant l'hiver.
Je veux pointer, tout de suite, le défaut le plus criant du film : les mélodies composées par Alex Beaupain sont médiocres, quasi inexistantes. Et les paroles des chansons, elles, sont inégales : parfois très réussies, parfois totalement creuses. Je pourrais critiquer, critiquer, et critiquer encore. Vous dire que ce film m'agace, par ses références à la Nouvelle vague, qu'il m'irrite tant ses interprètes sont (trop) beaux et leurs personnages... bobos. Je pourrais dire cela, mais je ne dirais pas l'essentiel : Christophe Honoré réussit un film à la fois mobile et profond.
La caméra est dans la rue. Elle se meut au rythme intime des acteurs : Louis Garrel, Clotilde Hesme, Ludivine Sagnier, Chiara Mastraoianni (toutes deux ci-contre) et Grégoire Leprince-Ringuet. Tout se joue là, entre la Bastille et le Xème arrondissement, entre le boulevard Richard-Lenoir et la rue du Château d'Eau. On s'embrasse et on meurt sur le trottoir. Le gris du ciel absorbe tout : la mort aussi bien que les baisers. Le deuil se fait en marchant.
Le précédent film de Christophe Honoré, Dans Paris, tissait déjà des liens profonds, névralgiques avec le corps de la ville. Ici, le cinéaste réussit mieux encore. Il se tient éloigné de toute carte postale, filme le Paris familier des Parisiens, les recoins, les carrefours, les passages pour aller du faubourg Saint-Denis au foubourg Saint-Martin. Il rend sensible, intime, une ville habitée de pluie, d'amour et de chagrin.
Car le coeur du film est là, dans ce chagrin persistant. Certaines séquences sont légères, enlevées (les variations sur le trio amoureux, notamment). Elles sont une part nécessaire du récit. Louis Garrel, tantôt nonchalant, tantôt grave, foncièrement joueur, y est particulièrement drôle. Mais son personnage, Ismaël, est surtout beau lorsqu'il doit composer avec sa peine : dans l'amour, puis dans le deuil. Finalement, c'est bien ça, le ressort de ces Chansons d'amour. La manière qu'a chacun de s'accoutumer - de ne pas s'accoutumer- à sa peine.