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Relisant, de Perec, le magnifique W ou le souvenir d'enfance, de plus en plus déchirant au fur et à mesure que le récit avance, comme si la respiration venait à manquer. Et de loin en loin, pourtant, des oasis. Comme ce passage sur le bonheur absolu qui consiste non pas à lire certains livres, mais à les relire.
Le narrateur se souvient précisément de Vingt ans après, le roman de Dumas. Il se rappelle "les coins de vermeil de la table de Mazarin, la lettre de Porthos restée depuis quinze ans dans un vieux justaucorps de D'Artagnan (...) Cent autres épisodes, dit-il, pans entiers de l'histoire ou simples tournures de phrase dont il me semble, non seulement que je les ai toujours connus, mais plus encore, à la limite, qu'ils m'ont presque servi d'histoire : source d'une mémoire inépuisable, d'une ressassement, d'une certitude : les mots étaient à leur place, les livres racontaient des histoires ; on pouvait suivre ; on pouvait relire, et, relisant, retrouver, magnifiée par la certitude qu'on avait de les retrouver, l'impression qu'on avait d'abord éprouvée : ce plaisir ne s'est jamais tari : je lis peu, mais je relis sans cesse, Flaubert et Jules Verne, Roussel et Kafka, Leiris et Queneau ; je relis les livres que j'aime et j'aime les livres que je relis, et chaque fois avec la même jouissance, que je relise vingt pages, trois chapitres ou le livre entier : celle d'une complicité, d'une connivence, ou plus encore, au-delà, celle d'une parenté enfin retrouvée".
Relire, donc, c'est relier !
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, L'Imaginaire, Gallimard.