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Une belle interview croisée de Tzvetan Todorov et de Nancy Huston dans Le Monde de l'éducation du mois dernier. Ils y racontent leur passion pour les livres. Todorov se rappelle son enfance dans la Bulgarie communiste :
"Face au carcan idéologique, il y avait une merveilleuse échappatoire : la littérature classique. Ainsi la lecture exerçait une véritable attraction dans les pays communistes au sein desquels les distractions étaient par ailleurs rares. La veille du jour où devait arriver la traduction bulgare des Lettres à Felice, de Kafka, tirée à dix ou vingt mille exemplaires, de longues files d'attente s'étaient formées devant les librairies ! Tchekhov, Tolstoï, Gogol, mais aussi Balzac, Dickens ou Maupassant... Toute cette littérature classique russe ou occidentale constituait un espace de liberté où l'on pouvait vivre de manière bien plus authentique que dans la réalité pétrie de mensonges".
En même temps, Todorov (revenu depuis longtemps de son approche hyperformaliste des textes) plaide pour une littérature immergée dans notre monde : "C'est pour cette raison que nous continuons à lire les auteurs anciens : à travers les histoires qu'ils racontent, quelque chose d'important sur notre existence nous est révélé. Or la littérature contemporaine, et en particulier française, fait très souvent comme si cette pensée n'était pas en continuité avec notre monde. Il est urgent de dire que la littérature ne forme pas un monde à part, mais une partie de notre monde commun".
Et j'ajoute : quoi de plus beau que ces lecteurs et ces lectrices dans les wagons du métro et du RER ? A la fois parfaitement là et parfaitement ailleurs...